Les indices boursiers majeurs comme le CAC 40 captent l’essentiel de l’attention médiatique et, par conséquent, celle des investisseurs particuliers. Pourtant, en se concentrant uniquement sur ces géants (les « Large Caps »), une majorité de Français passent potentiellement à côté d’un segment du marché boursier français historiquement générateur de surperformance à long terme : les Small et Mid Caps (PME et ETI cotées).
I. Small et mid Caps, de quoi parle-t-on ?
Il est essentiel de définir le terrain de jeu. Les capitalisations boursières se divisent généralement en trois catégories :
- Large Caps : Les très grandes entreprises, souvent internationales (ex. CAC 40), avec une capitalisation supérieure à 10 milliards d’euros.
- Mid Caps : Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) dont la capitalisation se situe généralement entre 1 et 10 milliards d’euros (faisant partie, par exemple, du CAC Mid 60). Elles sont plus matures que les Small Caps, mais conservent un fort potentiel de croissance.
- Small Caps : Les petites capitalisations (PME cotées), souvent avec une capitalisation inférieure à 1 milliard ou 2 milliards d’euros (suivies par l’indice CAC Small). C’est souvent là que se nichent les futurs leaders et les fortes croissances.
La Bourse de Paris, via Euronext, offre un gisement riche dans ces deux dernières catégories, souvent désignées sous le terme générique de PME-ETI (Petites et Moyennes Entreprises et Entreprises de Taille Intermédiaire).
II. Une popularité en demi-teinte chez les investisseurs français
L’investissement dans les Small et Mid Caps françaises est loin d’être aussi populaire que les Large Caps. Plusieurs facteurs expliquent cette relative discrétion, qui conduit beaucoup de Français à manquer des opportunités :
Le manque de visibilité et de couverture
Les analystes financiers et les médias se concentrent naturellement sur les mastodontes du CAC 40.
Les Small et Mid Caps bénéficient d’une couverture médiatique et analytique limitée.
Moins d’analyses disponibles rend l’évaluation et le suivi de ces entreprises plus complexes et plus risqués pour l’investisseur particulier qui n’a pas les ressources pour une analyse fondamentale approfondie (stock-picking). Cela crée une « prime de risque » mais aussi des inefficiences de marché : des entreprises de qualité peuvent rester sous-évaluées, offrant ainsi un point d’entrée attractif pour l’investisseur patient.
La perception du risque et de la liquidité
Les investisseurs, particulièrement les néophytes, associent souvent les petites valeurs à un risque et une volatilité élevés. C’est factuellement vrai : une Small Cap, par sa taille, est plus sensible aux chocs économiques ou aux résultats d’exploitation spécifiques. De plus, la liquidité limitée des actions de certaines PME peut rendre plus difficile l’achat ou la vente rapide de volumes importants sans impacter le cours. Cette perception freine l’afflux de capitaux, notamment institutionnels, vers ce segment.
Des véhicules d’investissement ciblés mais sous-utilisés
Pour encourager l’investissement dans les PME et ETI françaises, des dispositifs fiscaux attractifs existent, comme le PEA-PME. Bien que cet outil soit en place, son utilisation reste largement inférieure à celle du PEA classique. La collecte sur les fonds spécialisés Small et Mid Caps françaises, bien qu’existante, est souvent plus volatile et moins massive que sur les fonds Large Caps ou mondiaux.
III. Le potentiel à long terme
Malgré les réserves en matière de risque et de liquidité, les Small et Mid Caps ont historiquement démontré un potentiel de surperformance notable par rapport aux Large Caps sur le long terme.
Le « Small-Cap effect »
Ce phénomène, bien documenté dans la littérature financière, repose sur plusieurs moteurs :
- Potentiel de Croissance Supérieur : Il est mathématiquement plus aisé pour une entreprise valorisée à 500 millions d’euros de doubler son chiffre d’affaires (et donc sa valeur boursière) que pour une entreprise à 100 milliards d’euros. Les PME-ETI sont souvent positionnées sur des marchés de niche ou innovants, et sont dans une phase de développement qui peut générer une croissance exponentielle.
- Réactivité et Flexibilité : Leur taille leur confère une meilleure agilité. Elles peuvent s’adapter plus rapidement aux changements de marché, prendre des décisions stratégiques plus vite et innover de manière plus ciblée que les grands groupes.
- Cibles d’Acquisition (OPA) : Les Small et Mid Caps sont des cibles de choix pour les Large Caps cherchant à acquérir de la technologie, une part de marché ou un savoir-faire. Une Offre Publique d’Achat (OPA) est souvent synonyme d’une forte prime pour les actionnaires de la cible, provoquant un bond spectaculaire et immédiat du cours.
Selon certaines études, sur de longues périodes (10 à 20 ans), les petites capitalisations ont eu tendance à offrir des rendements annualisés supérieurs à ceux des grandes capitalisations.
IV. Comment s’exposer sans prendre un risque démesuré ?
L’investisseur français averti devrait considérer une exposition aux Small et Mid Caps pour diversifier son portefeuille et capturer ce potentiel de croissance à long terme.
1. Utiliser le PEA-PME
Le Plan d’Épargne en Actions-PME est le véhicule privilégié pour investir dans les PME-ETI françaises et européennes (répondant à des critères spécifiques). Il offre l’exonération d’impôt sur les plus-values après cinq ans, tout comme le PEA classique. C’est l’outil à privilégier.
2. Privilégier la gestion passive ou active spécialisée
Le stock-picking (choix individuel d’actions) est risqué dans ce segment en raison du manque d’information. Deux options sont recommandées :
- Les ETF Small/Mid Caps : Pour une diversification instantanée et des frais réduits, certains ETF répliquent des indices comme le CAC Mid & Small ou des indices européens de petites capitalisations éligibles au PEA/PEA-PME (souvent via réplication synthétique). C’est l’approche la plus simple et la moins coûteuse.
- Les Fonds Actifs : La gestion active peut s’avérer plus pertinente sur ce marché moins efficient. Un bon gérant spécialisé (stock-picker) peut identifier les valeurs sous-évaluées avant le reste du marché. Les performances de ces fonds, si elles battent leur indice de référence, peuvent justifier des frais de gestion plus élevés.
3. La diversification est clé
En raison de la volatilité inhérente aux Small Caps individuelles, l’approche la plus prudente est de construire un portefeuille diversifié, limitant la proportion de l’exposition aux petites valeurs (souvent conseillée entre 10 et 20 % du portefeuille actions) et en privilégiant l’investissement via des fonds ou ETF diversifiés plutôt qu’en actions individuelles, sauf pour les investisseurs très avertis.
Conclusion
Le marché des Small et Mid Caps de la Bourse de Paris est un vivier d’opportunités qui reste encore trop timidement exploré par l’épargnant français. Si les risques sont plus marqués que sur les Large Caps, notamment en termes de volatilité et de liquidité, la récompense potentielle à long terme, portée par l’agilité et le potentiel de croissance de ces entreprises, est souvent supérieure. En mobilisant des enveloppes fiscales comme le PEA-PME et en privilégiant la diversification via des fonds ou ETF, les investisseurs français peuvent cesser de regarder de loin cette classe d’actifs pour en faire un moteur de performance durable dans leur patrimoine.


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